Le 17 octobre 2021, la galerie était fière de recevoir Giorgio Tentolini et Léo Caillard pour le lancement de leur exposition New Age Of Classics.
La Galerie Montmartre a choisi de croiser le regard qu’ils portent sur l’Antiquité, en proposant une exposition jalonnée de statues, bustes, installations plastiques inspirées d’archétypes classiques, à travers lesquels les artistes chahutent la vision traditionnelle de l’histoire de l’art, jusqu’à ébranler nos certitudes.
Revisiter l’héritage classique
Giorgio Tentolini et Léo Caillard évoquent ces artistes de la Renaissance qui revisitaient le mystère de l’art classique avec audace et irrévérence. Tous deux bousculent les codes et les canons culturels afin d’ouvrir de nouvelles perspectives sur notre rapport aux images et aux mythes fondateurs.
Avec érudition, ils construisent chacun une approche singulière, tout en partageant un intérêt commun pour le temps, la mémoire et l’identité.
Giorgio Tentolini : filtrer la lumière
Comme Léo Caillard, Giorgio Tentolini a d’abord été photographe. On le devine dans sa manière de filtrer patiemment la lumière, qui se reflète puis perce par endroits un fin tissage de fils maillés. Par ce procédé, il évoque l’ombre et le relief d’un visage. Superposés les uns aux autres, ces matériaux recréent le clair-obscur de l’image sans aucune aide de pigment.
Mais l’objectif n’est jamais de reproduire ni d’imiter. Même lorsqu’il reprend des statues classiques, le protagoniste principal reste le matériau, davantage encore que le sujet représenté.
Le matériau comme écran du réel
Par cette irruption du contemporain, l’artiste atteint une dimension intemporelle. Le maillage agit comme un écran révélant des réalités contrastées :
C’est la raison pour laquelle mes images semblent s’estomper. Si vous les regardez de loin, vous pouvez percevoir une image. Au fur et à mesure que vous vous rapprochez, l’image devient de plus en plus une abstraction. D’une certaine manière, le filet est aussi un piège, parce que c’est quelque chose qui nous met dans une cage et nous influence dans nos choix, dans notre perception.
Ce Visage d’Aphrodite, enveloppé couche après couche dans un cocon au tissage méticuleux qui le teinte d’une légèreté méditative, est capturé dans un instant éphémère : « l’instant décisif » cher à Henri Cartier-Bresson, où le sujet semble échapper à la pression du temps.
Léo Caillard : détourner les mythes
C’est ce même rapport au temps qu’explorent les distorsions métaphoriques imaginées par Léo Caillard, jusqu’à repenser nos mythes fondateurs.
Ses Heroes of Stones, nouveaux dieux de l’Olympe inspirés de l’univers des comics, seront peut-être un jour, à leur tour, des figures de pierre figées pour l’éternité. Symboles des nouvelles icônes de notre culture contemporaine, marquée par le cinéma et la science-fiction, ils incarnent le passage du mass media à l’exemplaire unique exposé au musée.
Identité, image et transgression
Marcellus et Vénus, deux classiques de la statuaire antique travestis en jeunes urbains contemporains, interrogent notre identité et les contradictions de notre société dans son rapport à l’image. Par cette transgression facétieuse, l’artiste expose les individus que nous sommes aujourd’hui, imprégnés de codes sociaux et de styles :
Le vêtement est le traceur d’une époque, mais finalement l’humain et ses grandes questions philosophiques restent les mêmes. Et si on inversait les rôles, et si la statue, que sa nudité déconnecte de notre époque, était habillée ? Est-ce qu’elle se remettrait à vivre, est-ce qu’elle représenterait quelqu’un que l’on pourrait identifier comme une personne de notre entourage ? C’est cette relecture de l’époque au regard du passé qui est l’enjeu de mon œuvre.
La pierre, la science et l’anachronisme
Pour autant, le matériau reste au cœur de sa réflexion. Plus que nul autre le travail de la pierre est affaire de patience et d’effort, qui confronte l’artiste aux limites de la physique et de la métaphysique. Léo Caillard est un artiste scientifique, dans la tradition des grands artistes classiques férus de mathématiques, de géométrie ou d’anatomie. Il lance la controverse, crée des associations anachroniques de matériaux et de styles, censées intriguer et susciter la curiosité pour mieux capter l’attention.
Ainsi, son pastiche de l’emblématique Discobole de Myron (Ve siècle av. J.C., musée du Vatican), enlacé de néons, associe astucieusement pierre et lumière, la force tangible du marbre et l’immatériel de la lumière.
“Créer des œuvres de pierre en dialogue avec des éléments d’aujourd’hui, créer des passerelles de matières, des dialogues entre des modes de vie, des sociétés, c’est la base de mon art”. Un art non dénué d’ironie !
Le regard du spectateur comme miroir
Ces deux jeunes créateurs sont issus d’une génération d’artistes qui s’interrogent sur la société, l’identité, notre rapport envahissant à l’image.
Ils pratiquent détournements et anachronismes, pour passer les codes et comportements de notre vie contemporaine (la profusion d’images et de récits, le consumérisme) au filtre d’un processus créatif iconoclaste et élaboré méticuleusement.
Et puis, tous deux savent bien –et s’en amusent– que l’on s’attarde, le plus souvent, devant une œuvre comme si l’on y cherchait sa propre image, par delà les siècles.
Pour prolonger l’expérience de l’exposition New Age of Classics, découvrez également le film du vernissage, présenté par Léo Caillard et Giorgio Tentolini.









