Dans cet entretien retranscrit par le journaliste Guillaume Morel, Alex et Eliott Doppia abordent l’identité et la singularité de la Galerie Montmartre au travers de sa sélection artistique. Un dialogue entre deux générations de galeristes, qui se complètent et s’enrichissent mutuellement.
Cette mise en avant inédite de la presse spécialisée vient récompenser le travail de fond effectué par l’équipe de la galerie.


Retranscription de l’article publié dans : Connaissance des Arts N°818, octobre 2022, pages 114-115
L’Art en Mouvement
Tableaux, sculptures, dessins… Installée place du Tertre, la galerie Montmartre défend une trentaine d’artistes contemporains d’horizons différents et consacre son exposition d’automne à Patrick Rubinstein, entre effets d’optique et clins d’œil au cinéma.
Il n’est ici question ni du Chat Noir, ni de La Goulue… Aucune nostalgie à la galerie Montmartre, résolument tournée vers la création contemporaine. Sous la direction d’Alex Doppia — également à la tête du musée Dalí Paris — elle est depuis 2016 le point de rencontre privilégié d’une trentaine de créateurs français et étrangers, confirmés ou émergents.
« L’objectif est d’être un reflet de ce quartier qui a été, tout au long du XXᵉ siècle, un lieu d’effervescence et de brassage où se sont croisés les plus grands artistes », explique Eliott Doppia, manager de la galerie, qui a rejoint son père en 2020.
Dans son bel et vaste espace, la galerie Montmartre défend des peintres (Jean-François Larrieu, Jisbar, Luz Severino, Bruce Clarke et ses délicates aquarelles), des sculpteurs (Michel Bassompierre, Léo Caillard, Bénédicte Dubard), des photographes (Guillaume Arnoud) et des dessinateurs (l’hyperréalisme saisissant du jeune Skima, maître de la pierre noire).
« S’il fallait définir la ligne directrice de la galerie, elle serait courbe et évoquerait une forme d’ouverture, de souplesse, explique Alex Doppia. Le fil rouge de notre sélection pourrait être la maîtrise technique irréprochable et la puissance évocatrice des œuvres, avec une prédilection pour tout ce qui est susceptible de jouer avec notre mode de perception de l’espace et du mouvement. »
Avec chacun des artistes s’est engagée une relation sur la durée, mais sans contrat d’exclusivité. « Tous ont une vie indépendante de la nôtre, ils conservent leur liberté et nous leur donnons carte blanche », précise Eliott Doppia. Qualité, diversité, surprise et émotion sont les maîtres mots d’une galerie d’art contemporain à l’écart des modes, qui revendique son approche prescriptrice sans être élitiste.
« La place du Tertre est un haut lieu du tourisme, où peut facilement s’immiscer la tentation de standardiser l’offre selon un modèle culturel mondialisé du goût. À l’inverse, notre approche est de montrer la pluralité des techniques, des styles, des imaginaires. Les détournements iconoclastes de Léo Caillard côtoient les arabesques de Nasser Al Aswadi, les visages “pixellisés” en bois brûlé de Gil Bruvel partagent la scène avec les portraits de Silvio Porzionato, l’ours de Pierre Bassompierre fait le dos rond face aux facéties optiques de Patrick Rubinstein, les références à la pop culture de Jisbar dialoguent avec les tableaux en fil de fer maillé de Giorgio Tentolini », explique Alex Doppia.
La galerie organise chaque année deux grandes expositions, monographiques ou sous la forme d’un dialogue autour d’une thématique. Elle propose également, tout au long de l’année, des événements ponctuels, des rencontres, des happenings (en juin dernier, Skima est venu réaliser un dessin en direct devant le public).
Ici, l’art est vivant, en mouvement. Régulièrement, de nouveaux artistes rejoignent la galerie. Alex et Eliott Doppia se rendent dans les ateliers, arpentent les allées des foires, suivent les réseaux sociaux en quête de nouveaux talents. Récemment, c’est à la fondation Clément, en Martinique, qu’ils ont découvert Luz Severino.
« Son témoignage pressant sur l’environnement, sa culture métissée qui s’exprime avec grâce par la peinture ou la broderie nous ont donné envie de partager son histoire », explique Alex Doppia.
Rendez-vous donc place du Tertre pour découvrir son univers, et celui de ces artistes d’horizons différents qui font l’identité et la singularité de la galerie Montmartre.
Guillaume Morel



